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vendredi 11 juin 2021

Chakè Matossian, « Invisible mais présent en esprit » : le Séducteur de Kierkegaard

Vient de paraître :

Chakè Matossian, « Invisible mais présent en esprit » : le Séducteur de Kierkegaard, Éditions OUSIA, 2021, 152 p.

Voir présentation :

http://www.vrin.fr/book.php?code=9782870601945


Extraits des pages 53 à 56.


samedi 13 mars 2021

André Leroi - Gourhan et l'esthétique

Vient de paraître :

La Part de l’Œil  n° 35-36 - 2021/2022 : Dossier : André Leroi - Gourhan et l'esthétique. Art et anthropologie

448 pages ; format 21 x 29,7 cm ; 139 ill. couleur et n./b.

ISBN : 978-2-930174-54-9

Prix de souscription TTC : 34,00€ ; Diffusion et distribution : Pollen Diffusion



Présentation

Pionnier de l’ethnologie préhistorique, André Leroi-Gourhan (1911-1986) est l’auteur d’une œuvre foisonnante qui s’est attachée à explorer les multiples facettes de l’Homme et à renouveler le champ des sciences humaines au XXe siècle, singulièrement le champ des études sur l’art paléolithique. Dès ses premiers travaux, il consacre une place prépondérante à l’art et à l’esthétique lors de ses voyages au Japon et en Asie comme en témoigne ses Pages oubliées sur le Japon auxquelles Jean-Christophe Bailly consacre son article.

Comme le montre Philippe Soulier, Leroi-Gourhan n’a cessé, tout au long de son parcours intellectuel, de discuter les principes de l’histoire de l’art pour les intégrer progressivement dans une approche globale et scientifique soucieuse d’établir la part entre les faits et les interprétations. Jusqu’à ses derniers cours au Collège de France, il met à l’épreuve les analyses et les méthodes qu’il a développées tout au long de son parcours dont les deux tomes de l’Évolution et techniques et Le Geste et la Parole constituent aujourd’hui encore des synthèses stimulantes pour les chercheurs. Etudiant l’évolution de l’homo sapiens, tant sur le plan des transformations morphologiques que des inventions techniques, l’œuvre de Leroi-Gourhan accorde à la vie et aux domaines de l’esthétique une attention constante, montrant le caractère indissociable des différentes activités humaines. Marc Groenen revient ainsi sur la place de l’esthétique dans l’anthropologie de Leroi-Gourhan, tandis que Michel Guérin prolonge et poursuit sa réflexion sur le geste. Certains articles explorent les problèmes que l’art pariétal et préhistorique continue de poser à nos regards contemporains au-delà du cercle restreint des spécialistes comme en témoignent, parmi d’autres, les textes de Philippe Grosos, Ségolène Lepiller, Rémi Labrusse, Renaud Ego...

Plus qu’un hommage à André Leroi-Gourhan, le présent volume a pour objectif de montrer en quoi les intuitions, les méthodes et les concepts qui ponctuent sa pensée peuvent, aujourd’hui encore, guider la compréhension des phénomènes esthétiques et techniques, l’analyse des œuvres et la fonction symbolique de l’art. Outre la réédition de deux textes difficilement trouvables de Leroi-Gourhan, le volume est composé, dans une première partie, d’articles qui traitent explicitement un aspect de son œuvre, en le prolongeant parfois ou en le confrontant à d’autres auteurs. Viennent s’y ajouter ensuite une série de textes qui permettent d’élargir l’horizon des questions dont l’œuvre de Leroi-Gourhan hérite ou qu’elle partage au sein de son époque. Enfin, le volume comporte également l’intervention de trois artistes à qui nous avons ouvert nos pages.

 
Sommaire

  • Dirk Dehouck : Liminaire – du symbolique à l’esthétique
  • André Leroi-Gourhan : La vie esthétique et les domaines de l’esthétique
  • Philippe Soulier : Une anthropologie de l’esthétique chez Leroi-Gourhan
  • Pierre Sauvanet : La part des rythmes chez André Leroi-Gourhan
  • Marc Groenen : La place de l'esthétique dans l'anthropologie d'André Leroi-Gourhan
  • Jean-Christophe Bailly : Le Chatoiement du sens. André Leroi-Gourhan au Japon
  • Bruno Goosse : Atmosphère protectrice
  • Ségolène Lepiller : André Leroi-Gourhan et l’art paléolithique : un “moment sciences humaines” en préhistoire ?
  • Muriel van Vliet : La morphologie selon André Leroi-Gourhan
  • Michel Guérin : Les gestes actés – la fonction de poser
  • Chakè Matossian : Le goût des pierres
  • Élise Lamy-Rested : Vie technique et techniques de sur-vie. L’homme dé-formé par la technique
  • Amélie Bonnet Balazut : Une esthétique de la vie
  • Jorge Léon & Caroline Lamarche : Incandescences : retours vers notre futur
  • Maria Stavrinaki : Stupeur : commencement et fin de l’histoire. De Pasolini à Leroi-Gourhan, c. 1950-1960
  • Philippe Grosos : Participation et présence. Réflexions à propos de l’art paléo- et néolithique
  • Rémi Labrusse : Politique et poétique de la préhistoire. Traces sur le chemin de Max Raphael
  • Léa Falguère & Ârash Aminian Tabrizi  : Dessins – Entre ici et là, la ressouvenance
  • Léa Falguère : “Corps interprétants”. La métaphore corporelle comme approche de la peinture
  • Renaud Ego : Soutenir le regard de la peinture
  • Hélène Ivanoff : Polysémie et expographie d’une collection. Les copies d’art préhistorique de l’Institut Frobenius de Francfort-sur-le-Main
  • Matthew Vollgraff - L’arc de l’histoire. De l’anthropologie diffusionniste à la morphologie des cultures
  • Anne Boissière : Le corps scénique ou la condition théâtrale du corps joueur
  • Helmuth Plessner : De l’anthropologie du comédien

samedi 19 décembre 2020

A Companion to Contemporary Drawing

 A Companion to Contemporary Drawing

Kelly Chorpening (Editor)Rebecca Fortnum (Editor)Dana Arnold (Series Editor)

ISBN: 978-1-119-19454-5 November 2020 

Wiley-Blackwell 576 Pages

https://www.wiley.com/en-us/A+Companion+to+Contemporary+Drawing-p-9781119194545


A Companion to Contemporary Drawing explores how 20th and 21st century artists have used drawing to understand and comment on the world. Presenting contributions by both theorists and practitioners, this unique textbook considers the place, space, and history of drawing and explores shifts in attitudes towards its practice over the years. Twenty-seven essays discuss how drawing emerges from the mind of the artist to question and reflect upon what they see, feel, and experience.

This book discusses key themes in contemporary drawing practice, addresses the working conditions and context of artists, and considers a wide range of personal, social, and political considerations that influence artistic choices. Topics include the politics of eroticism in South American drawing, anti-capitalist drawing from Eastern Europe, drawing and conceptual art, feminist drawing, and exhibitions that have put drawing practices at the centre of contemporary art.

https://onlinelibrary.wiley.com/doi/book/10.1002/9781119194583

TABLE OF CONTENTS

Notes on contributors

Acknowledgements

Introduction
Kelly Chorpening and Rebecca Fortnum

The Power of Drawing

1. The Black Index, Bridget R. Cooks

2. A State of Alert: The Politics of Eroticism in South American Drawing, Sofia Gotti

3. Graphic Witness, Kate MacFarlane

4. Drawn from Communism: Anti-Capitalist Drawing from Central-Eastern Europe, Magdalena Radomska

5. Differencing Drawing: Feminist Perspectives on Line, Surface and Space, Griselda Pollock

6. A Dirty Double Mirror: Drawing, Autobiography and Feminism, Rebecca Fortnum

7. Between the Sky and the Handle: Shilpa Gupta’s Drawings in the Contemporary, Parul Dave Mukherji

8. Drawing as Contagion, Jade Montserrat

9. Curating Drawing: Exhibitions and the Centering of Drawing In Contemporary Art, João Ribas

The Condition of Drawing

10. Observation and Drawing: From Looking to Seeing, Paul Moorhouse

11. Drawing’s Impropriety, Lucian Massaert

12. Drawing in Atopia; an exploration of ‘drift’ as method, Beth Harland

13. Works on/and/with Paper: Approaching Drawing as Responsive Marking, Marina Kassianidou

14. Indexical Drawing: On Frottage, Margaret Iversen

15. Ground as Critical Limit, Laura Lisbon

16. Drawing’s Finish, Stephanie Straine

17. Radical Antinomies: Drawing and Conceptual Art, Anna Lovatt

18. Drawing Desires, Sunil Manghani

19. Drawing from life in the 21st century art school, Kelly Chorpening

The Expanse of Drawing

20. Marking Time, Moving Images: Drawing and Film, Ed Krčma

21. Digital Drawing, Tamarin Norwood

22. The dot and the line: Drawing Amongst Computers, Jane de Almeida

23. Installation/Drawing: spaces of drawing between art and architecture, Sophia Banou

24. Informational Drawing, Matthew Ritchie

25. Drawing Towards Sound – Notation, Diagram, Drawing, David Ryan

26. Chinese calligraphy: a drawing ecology, Eric Otto Wear

27. The Enduring Power of Comic Strips, Simon Grennan

Index

samedi 6 juin 2020

Pour survivre au chaos


Pour survivre au chaos
Un taux aussi élevé de suicides était anormal. La société tahitienne (années 1960) ne pouvait quand même pas être atteinte collectivement de dépression mélancolique. Intrigué, l’anthropologue et psychothérapeute Robert Levy lance une longue enquête (Tahitians : Mind and Experience in the Society Islands, 1973) et arrive à des conclusions déconcertantes. Il identifie en effet une curieuse «maladie» : l’hypocognition - à savoir «la condition de celui qui est condamné à "connaître moins"», dont la cause tiendrait à une particularité de la langue tahitienne. Riche et précise, munie d’un «lexique médical» très détaillé pour désigner la «douleur du corps», celle-ci présente en effet une véritable carence de mots aptes à traduire la «douleur de l’âme», de «la tristesse passagère la plus banale jusqu’à la mélancolie, l’angoisse, la culpabilité, la rage». Par conséquent, 
«éprouvant une douleur insupportable […] mais ne sachant pas l’exprimer par des mots - une chose étrangère, jamais vue, dont personne n’a fait l’expérience, car elle n’a jamais été nommée -, les habitants de Tahiti, privés des moyens linguistiques pour dire combien ils souffraient et pour élaborer leurs propres états d’âme, choisissaient de s’ôter la vie».
Cette référence figure dans l’«Incipit» du nouveau livre de l’helléniste Andrea Marcolongo, dont l’une des principales idées est justement que, «dépourvu de mots», l’être humain est «moins pleinement conscient» et, de ce fait, moins capable de s’orienter dans les arcanes de sa vie psychique. De même que pour résoudre un problème, il faut aller «au fond des choses», de même est-ce «au fond des mots» qu’il faut plonger si l’on veut trouver les parcelles de sens dont l’absence rend lacunaires ou insatisfaisants les rapports au monde, à autrui et à soi-même. C’est pourquoi, forte du succès planétaire de la Langue géniale (traduit dans 28 pays), où étaient soulignées les merveilleuses ressources du grec ancien (et du latin), Marcolongo invite cette fois à un voyage dans les archipels enfouis des étymologies - non pour exhiber de façon pédante les «vicissitudes stériles de préfixes morphosyntaxiques» mais, plus agréablement, pour montrer que «l’histoire d’un mot n’est autre que l’histoire des hommes qui ont eu besoin de ce mot pour nommer le réel - ou qui n’en ont plus besoin ».
[…]
Andrea Marcolongo Etymologies. Pour survivre au chaos, traduit de l’italien par Béatrice Robert-Boissier, Les Belles lettres, 336 pp., 17,50 €. En librairie le 12 juin.


samedi 10 juin 2017

RANCIÈRE, « entre art et politique »

RANCIÈRE, « entre art et politique »
Par Robert Maggiori
— 31 mai 2017
« […] Les terrains où politique et esthétique se chevauchent ont déjà été cultivés par le passé, notamment par Adorno ou Benjamin. Mais Rancière ne situe les rapports entre art et politique ni dans l’esthétisation de la politique, ou sa transformation en spectacle de la gestion et de la « communication » des pouvoirs, ni dans la politisation de l’art, mais dans ce que les deux domaines « partagent », à savoir le statut de la visibilité. Si esthétique et politique forcément s’embrassent, c’est que le même « geste » les définissent, qui est celui d’organiser l’espace de la perception de façon telle que ce qui n’était pas visible soudain le devienne. On le conçoit pour l’œuvre d’art, qui, si elle est « grande », invente des langages (musicaux, picturaux, littéraires…) pour lesquels il n’y a pas encore de dictionnaires, et « montre » qu’il y a là quelque chose qui était encore inaperçu ou inouï. Mais il en va de même pour la politique, qui partage l’espace du collectif, réorganise le temps de l’action, crée d’autres mondes communs et rend « visibles » les capacités des sujets qui les habitent. […] »

Jacques Rancière, En quel temps vivons-nous ? Conversation avec Éric Hazan, La Fabrique, 80 pp.

lundi 4 novembre 2013

Le corps transparent

Le corps transparent
edited by Victor I. Stoichita
338 pages, (Illus.)
L'Erma di Bretschneider Publishing House, established in 1896, has over 115 years of experience in international scientific edition of volumes concerning Archaeology, Philology, History and Art History. L’Erma cooperates with the most important international museums, universities and public/private institutions.
Language: English, French, Italian
Paperback (September 2013)

English summary: This collection of articles stems from a 2010 colloquium, “Inner and Outer Body”. The diverse studies explore the ties between anatomical studies and art during and after the Renaissance, concentrating on the productive but sometimes problematic contacts between scientific experiment and artistic creation. 
French description: Tout en tenant compte des interrogations actuelles autour de la notion de corps et de la tradition académique des études anatomiques, le présent ouvrage s'articule autour des liens indéfectibles existants entre l'art et l'anatomie pendant et après la Renaissance en se concentrant sur les zones de contact entre deux activités de l'esprit humain : les sciences expérimentales d'une part, l'activité créatrice d'autre part. Il s'agit de se pencher sur les aspects les plus délicats, ceux où le rapport entre art et science s'avère non seulement productif, mais aussi porteur de conflits et ceux ou l'idéal classique du corps et de la beauté basculent dans la transgression et dans le monstrueux. Suivre les vifs débats de la plume, du scalpel et du pinceau autour du corps signifie implicitement retracer l'évolution de l'apprentissage anatomique, aborder le rapport entre visible et lisible du corps, décrire les comportements haptiques et les pulsions scopiques lors du dévoilement de l'espace sous cutané, faire constat d'émerveillement, d'étonnement ou de méfiance. Somme toute, il s'agit de saisir ce que l'art doit à l'anatomie et l'anatomie à l'art pendant et après la Renaissance. Face à une notion culturelle si ouverte à l'interprétation qu'est le corps, nous souhaiterons intervenir dans le vif des débats contemporains tout en privilégiant les approches inédites et les aspects les moins discutés avec l'espoir qu'au syntagme du corps transparent, un autre type de transparence se joindra, celle du discours analytique et critique. La publication regroupe les interventions du colloque “Le Corps Transparent / Il Corpo trasparente / Inner and Outer Body” tenu à Rome les 11 et 12 juin 2010.

Prof. Dr. Victor I. Stoichita, Pennello / Scalpello.;
Roberto Paolo Ciardi, Anatomia come allegoria: immagini trasparenti e corpi simbolici.;
Andrea Carlino, Artifici e artefatti della trasparenza anatomica nella prima metà del Cinquecento.;
Marinella Pigozzi, Annibale Carracci e lo stile da praticarsi nell'accademia del nudo.;
Stephen Campbell, Bronzino' s Flaying of Marsyas: Myth and the Anatomical Concetto,
Yves Hersant, Le saint écorché. Sur quelques représentations de saint Barthélemy.;
Maria Portmann, Traces, blessures, déchirures. Métaphores de la plaie. ;
Jackie Pigeaud, La transparence du corps, une utopie des médecins? ;
Chaké Matossian, Le corps de verre: métaphysique de l'anatomie.;
Henri de Riedmatten, Le voile au corps. Autour de Lucrèces nordiques.;
Jean-François Corpataux, Léda et le cygne. Enjeux anatomiques et anthropologiques,
Frank Fehrenbach, Liquid Bodies. Remarks on Leonardo' s Late Anatomies.;
Jacqueline Vons, L'impossible transparence. Comment dire et représenter le mouvement articulaire?;
Dominic-Alain Boariu, Transparences du corps criminel: le cas Fieschi.

mercredi 12 décembre 2012

Ingeborg Bachmann et Paul Celan, Le Temps du cœur, Correspondance

Ce samedi 15 décembre à 12 h
à la
Librairie Quartiers Latins
14, Place des Martyrs
1000 Bruxelles

Ingeborg Bachmann et Paul Celan, poètes
Le Temps du cœur, Correspondance

Présentée par Bertrand Badiou, traducteur

« L’écriture est au centre de la vie de chacun des correspondants, dont les noms apparaissent dans les comptes rendus critiques, dès le début des années 1950, souvent au sein d’une même phrase, comme étant ceux des représentants les plus importants de la poésie lyrique allemande de l’après-guerre. Mais écrire n’est pas chose simple, ni pour l’un ni pour l’autre – et écrire des lettres n’est pas moins difficile. L’imperfection du dire, la lutte avec les mots, la révolte contre le mutisme, occupent une place centrale dans cet échange épistolaire. » Bertrand Badiou

Ingeborg Bachmann, poète et écrivain autrichienne, est née à Klagenfurt en Carinthie en 1926 et morte à Rome en 1973. Parmi ses œuvres les plus importantes, on peut mentionner : Malina (1971), Franza (1979), Leçons de Francfort (1980). Tout récemment ont été publiées : Œuvres (Thesaurus, Actes Sud) et Journal de guerre (Actes Sud).

Paul Celan, né en 1920, est un poète et traducteur roumain de langue allemande. Il est mort à Paris le 20 avril 1970, probablement après s’être jeté du pont Mirabeau dans la Seine. Parmi ces recueils de poèmes les plus importants : la Rose de personne (Le Nouveau commerce, 1979), Pavot et mémoire (Christian Bourgois, 1987), Contrainte de lumière (Belin, 1989), Strette et autres poèmes (Mercure de France, 1990). Et en prose : Entretien dans la montagne (Fata Morgana, 2010).

Le Temps du cœur est édité par Le Seuil, dans la collection la Librairie du XXIème siècle.

Entrée libre.

jeudi 19 avril 2012

Cursif, le dessin dans tous ses états n°2



Cursif, le dessin dans tous ses états n°2

Rendez-vous / lancement en présence des auteurs et des éditeurs,
mercredi 25 avril, à 18h.
Galerie Jean Fournier,
22 rue du Bac,
Paris 7è,
Cursif a été imaginée dans le cadre du projet Dessiner-Tracer piloté par l'Association des conservateurs des musées du Nord-Pas de Calais en collaboration avec la section fédérée des musées de Picardie, le musée F. Rops de Namur, le réseau des musées de l'Ulb et le Frac Picardie.
http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=2277

dimanche 15 avril 2012

Victor Hugo, Les arcs-en-ciel du noir

Exposition : “Les arcs-en-ciel du noir : invitation à Annie Le Brun”
Du 15 mars au 19 août 2012
Maison de Victor Hugo
6, place des Vosges
75004 Paris
Victor Hugo, Paysage aux trois arbres, 1850, plume et lavis d'encre brune, encre noire (?), crayon noir sur papier vélin.
« Affleurement des ténèbres […] émergeant d'un horizon qui n'est ni eau, ni pierre, ni lumière, mais affirmation de l'énergie noire qui tient tout le paysage, jusque dans la dérision du graffiti qui accompagne au verso ce dessin. À l'évidence, là s'exprime quelque chose qui déborde l'écriture et le dessin lui-même, rendant compte de ce qui se joue au-delà de tout contour dans la rumeur des choses. Débordement du temps aussi puisque ces châteaux de pluie, ces ruines de brume, ces villes de fumée, Victor Hugo les dessinera bien des années après, entre dix et vingt ans plus tard. Débordement du sujet enfin qui implique celui du médium, puisque jusqu'à la fin on pourra faire correspondre à un même dessin un grand nombre de textes, comme un même texte semblera faire écho à maints dessins.

Victor Hugo, Chemin de ronde d'un château effondré, vers 1850, plume, pinceau, encre brune et lavis, crayon de graphite, crayon noir, rehauts de gouache blanche, grattages sur papier cartonné beige.


Ce qui commence là avec Le Rhin ne va plus s'arrêter, suivant le cours de cette rêverie-fleuve. Je veux parler d'un progressif retour au noir, qui se manifeste par le fait qu'un grand nombre des lettres correspondant à chaque étape du voyage se terminent sur une vision nocturne ou crépusculaire. Plus encore, à considérer, dans la multitude des dessins qu'avec le temps ce voyage va continuer de générer, le nombre impressionnant de ces « châteaux de légende, escaladant, avec leurs cimes bousculées, leurs pignons en déroute, leurs clochers fous, les plaines ravinées d'un ciel saturé de pluies et gorgé de foudre"» (1), je ne peux m'empêcher de penser que Victor Hugo est là en train de se réapproprier l'espace du château, cherchant d'une brume à l'autre celui qu'il va faire sien et dont la singularité sera d'être toujours autre.
Je ne peux m'empêcher non plus de penser qu'il y va là de l'affirmation d'une inactualité qui vient conforter chez lui une vision de l'histoire moins cyclique que cosmique, où les êtres et les choses trouvent place parmi les autres événements naturels. Ce qui n'est pas sans changer le regard sur toutes choses : « Où cesse la certitude historique, l'imagination fait vivre l'ombre, le rêve et l'apparence. Les fables végètent, croissent, s'entremêlent et fleurissent dans les lacunes de l'histoire écroulée, comme les aubépines et les gentianes dans les crevasses d'un palais en ruine. » (2) Car on doit aussi au Rhin d'être la défense et l'illustration de cette analogie entre l'imagination et la végétation, où je me plais à reconnaître une des plus belles floraisons des arcs-en-ciel du noir. »

Annie Le Brun, Les Arcs-en-ciel du noir : Victor Hugo, éd. Gallimard, coll. Art et Artistes, 2012, 160 pages - 45 ill, pp. 62-63.


(1) J.-K. Huysmans, “Les dessins de Victor Hugo”, Ecrits sur l’art, éd. Bartillat, 2006, p. 436.
(2) Victor Hugo, Œuvres complètes, Le Rhin, lettre XIV, in éd. Robert Laffont, coll. Bouquins (quinze tomes), Voyages, p. 102.


lundi 28 novembre 2011

écoutez Eliane Escoubas

Alain Veinstein reçoit Eliane Escoubas, auteur de L'espace pictural, éd. Encre marine.
Emission “Du jour au lendemain” 25-11-2011
Encore quelques jours pour écouter le podcast.
http://www.franceculture.fr/podcast/4294389
http://www.franceculture.fr/emission-du-jour-au-lendemain-eliane-escoubas-2011-11-25

Éliane Escoubas est professeur émérite de philosophie à l'Université de Paris-Est.
Elle a publié : Imago Mundi. Topologie de l'art (Paris, Galilée, 1986), L'Esthétique, (Paris, Ellipses, 2003), Questions heideggeriennes - Stimmung, Logos, Traduction, Poésie, (Paris, Hermann, 2010). Des traductions : de Husserl, Recherches phénoménologiques pour la constitution (Ideen II) (Paris, PUF, 1982), d'Adorno, Kierkegaard - construction de l'esthétique (Paris, Payot, 1995), et de nombreux articles dans les revues La Part de l'Oeil, Poésie, Critique, Les Temps modernes, Études philosophiques, ou dans des ouvrages collectifs.

lundi 7 novembre 2011

Daniel Oppenheim, L'enfant très malade approché dans ses dessins

Daniel Oppenheim, L'enfant très malade approché dans ses dessins, éditions de l’Olivier, mai 2011, 128 pages.
« […] Autre particularité du livre, bien que son titre annonce qu’il va s’agir de dessins faits par des enfants, aucun dessin ne s’y trouve ou interprété ou mis en illustration d’un propos théorique […] se justifie par l’objet même de l’ouvrage qui n’est pas de nous éclairer sur telle ou telle interprétation, mais de mettre l’accent au contraire sur l’attitude profonde que l’analyste doit adopter pour saisir l’essentiel du propos qui lui est adressé. S’il ne s’agit pas d’une innovation, sa position constitue un rappel nécessaire, rappel qui s’applique bien sûr à l’utilisation du dessin dans l’approche psychanalytique mais également à tous les outils utilisés que l’on désigne habituellement sous le terme d’objets de la médiation thérapeutique. (cf. le livre Les médiations thérapeutiques, Érès 2011 sous la direction d’Anne Brun)
Enfin, il précise, sans doute trop succinctement, sa place vis-à-vis des médecins, une place qui n’est pas la première. Ce n’est pas de lui dont dépend la guérison. Cette guérison, chacun l’espère et c’est elle qui centre le transfert en direction des médecins et du personnel soignant. Lui, il doit justifier de sa place auprès des parents, auprès de l’enfant et aussi auprès du personnel soignant lui-même. Ce rapport au « médical en tant qu’objet », réflexion si bien exposée dans les années 70 par le regretté Pierre Benoit […] Daniel Oppenheim insiste sur la nécessité non seulement de prendre en compte le dessin, mais d’être attentif aux gestes de l’enfant au décours de son dessin. Cet accompagnement qui respecte le temps de l’enfant doit aussi être à l’écoute des commentaires qu’il fait de son dessin, de ses ratures, des hésitations de son trait, de la répétition des motifs, de leur place dans la feuille, des débordements éventuels hors de cet espace blanc laissant des traces sur la table. C’est un point certainement qui distingue l’approche de l’auteur de celle de Françoise Dolto, elle plus encline à interpréter le dessin en dehors de son geste.
Une autre position originale soutenue par Daniel Oppenhein, consiste dans la possibilité pour l’enfant de reprendre un dessin fait antérieurement. Il peut le regarder et même le modifier, lui adjoindre tel ou tel détail, changer sa couleur, etc. Le dessin devient alors un témoin d’une histoire qui s’inscrit dans le temps, et pas l’inscription d’un instantané, d’un arrêt sur image pourrait-on dire. Le temps du dessin est le temps du travail avec le psychanalyste, le temps de la relation avec l’analyste qui est celui de l’hospitalisation, mais qui peut se prolonger bien au-delà.
L’interprétation du dessin par l’analyste n’est jamais assurée, toujours proposée. C’est là encore un bien utile rappel en particulier pour les moins expérimentés de nos collègues. Explorateur en terre inconnue et fragile, le psychanalyste doit montrer d’abord à l’enfant dans quelle position il se trouve vis-à-vis de lui, c’est-à-dire être à son écoute, même s’il ne parvient pas à saisir tout ce que l’enfant souhaite exprimer et que sans doute, ils ignorent tous deux. Il n’en reste pas moins que cette attitude assure l’enfant d’une présence dont l’appui lui est nécessaire. Le dessin apparaît alors pour ce qu’il doit être : un espace transitionnel entre le psychanalyste et l’enfant. Il ne s’agit pas d’entrer ici dans le jeu des devinettes, jeu auquel parfois l’enfant lui-même invite le psychanalyste; le dessin de l’enfant est présence de l’enfant dans le dessin « de son corps, de sa voix, de son moindre geste » référence ici tant à Françoise Dolto qu’à Fernand Deligny […] »
Laurent Le Vaguerèse
http://www.oedipe.org/fr/prixoedipe/2012/oppenheim
http://www.editionsdelolivier.fr/

Michel Guérin, Philosophie du geste



Michel Guérin, Philosophie du geste
« Cette édition augmentée de Philosophie du geste, ouvrage paru en 1995, reprend le texte d’origine et en conserve le titre, tout en y incluant également un essai récent intitulé “Le Geste de penser”.
Si “Le Geste de penser” peut passer à bon droit pour la suite – l’extension – de Philosophie du geste, c’est aussi qu’il réalise cette augmentation à travers la modalité singulière d’un renversement de perspective.
Qu’il enclenche une action ou exprime une émotion, le geste ne sépare pas la signification du comportement. S’il a peu retenu l’attention des philosophes, c’est peut-être en raison de la gageure de le saisir dans son prime élan : il est amorce. Les quatre gestes ici considérés comme fondateurs de pans entiers de la culture humaine, faire, donner, écrire, danser se situent au commencement de la technique, des échanges socio-économiques, des pouvoirs de la représentation, de ce bonheur d’exister corps, enfin, que les arts commentent à l’envi. Le geste, ainsi, balaie un large prisme qui va de l’utilité (voire de la nécessité) à la gratuité. Mais que les hommes inaugurent ou maintiennent ce qu’ils ont vu faire, c’est par un geste : inchoatif ou fréquentatif, il est par un aspect initiation et par l’autre imitation.
La présente édition (augmentée) renverse et prolonge la quadrature du geste par un geste de penser, qui fait apparaître qu’une discipline qui fait sens est toujours incarnée, c’est-à-dire enseignée. À l’heure où le corps idole est l’objet de tous les soins, tandis que l’univers en expansion des technologies promet la relégation de la main, méditer au sujet du geste est en somme découvrir le corps comme l’interrogation même. »
Michel Guérin a publié de nombreux essais critiques et des ouvrages de philosophie. La première édition de Philosophie du geste (Actes Sud, 1995) a figuré dans l’ultime sélection du prix Médicis essai. Derniers ouvrages parus : Le Fardeau du monde (Encre marine 2011), La Peinture effarée, Rembrandt et l’autoportrait (La Transparence, 2011).

jeudi 27 octobre 2011

Jacques Thuillier





Jacques Thuillier, spécialiste de la peinture française du XVIIe siècle s'est éteint à l'âge de 83 ans.
Historien de l'art français, titulaire durant 21 ans de la chaire d' Histoire de la création artistique en France au Collège de France, il était spécialiste de la peinture française au XVIIe siècle, et notamment de Georges de La Tour.
On lui doit de nombreux ouvrages sur les grands peintres : Nicolas Poussin (Flammarion), Jacques Blanchard : 1600-1638 (Musée des Beaux-Arts de Rennes), Fragonard (Skira), Jacques Stella : 1596-1657 (Serge Domini), Georges de la Tour (Flammarion) et Tout l'œuvre peint de Georges de la Tour (Rizzoli-Flammarion) ou encore Rubens : la galerie Médicis au palais du Luxembourg (Rizzoli).



Son œuvre comporte aussi des titres plus généralistes à l'instar de La galerie des Glaces : chef-d'œuvre retrouvé (Gallimard), Théorie générale de l'histoire de l'art (Odile Jacob), Histoire de l'art : architecture, sculpture, peinture (Flammarion) réédité en 2009 et Peut-on parler d'une "peinture pompier" (PUF).

http://www.livreshebdo.fr/les-gens/actualites/deces-de-jacques-thuillier/7525.aspx



mercredi 5 octobre 2011

L’art et la fonction symbolique



La Part de l'Œil n° 25-26 / 2010-2011,
Dossier : L’art et la fonction symbolique

Ce volume marquant les 25 ans de La Part de l’Œil sera fidèle aux engagements qui ont été les nôtres depuis notre création.
L’ouvrage se présente en trois parties. Le dossier à proprement parler, comprenant un inédit de Marcel Mauss, se divise en deux parties consacrées à la problématique centrale de ce volume “L’art et la fonction symbolique”. Il se place dans la perspective de la pensée de Mauss et plus précisément de sa théorie du don. « Loin de se limiter à la forme archaïque des échanges, le don a une structure identique à celle de la parole » écrit Luc Richir dans son Liminaire. Les objets d’art sont alors abordés, poursuit Luc Richir, comme symboles, comme signes et non comme objets mercantiles, comme valeurs “d’usage ou d’échange” ; symboles, signes « qui passent de l’un à l’autre “individus, clans, communautés” et reviennent marqués de leur altération, chargés du sens de leur circulation, valorisés par l’ampleur du circuit parcouru […] il s’agit de symboles destinés à créer des liens, à former des réseaux d’alliances. Que s’est-il passé en Occident pour que le nœud contracté par l’aller-retour des symboles, ce nœud constitutif du Sujet, soit réduit à la platitude de l’échange binaire ? » Quel regard serons-nous amenés à poser sur l’art actuel après avoir analysé ici le statut des paléomonnaies, les tracés des Kolams en Inde, les figures de mains des grottes préhistoriques ou encore le culte des têtes dans les cryptes à Naples ?
La seconde partie, selon un autre axe, rassemble quatre textes qui abordent le symbolique d’une autre manière et pointent « l’erreur, écrit Luc Richir, de situer l’art du côté de l’imaginaire sous prétexte qu’en Occident, les artistes se sont mis à produire de plus en plus d’images, quitte à remettre en cause, superficiellement, c’est-à-dire formellement, la notion de représentation ». Les auteurs de cette seconde partie, Jean Petitot, René Lew… tentent d’interroger le statut du registre symbolique dans les arts plastiques.
Au croisement de ces deux axes ou de ces deux parties, le lien est établi par Claude Imbert avec sa “monnaie du regard” consacrée au Peintre de la vie moderne de Baudelaire et par Elisabeth Rigal dans une approche vigilante de l’œuvre de Kandinsky.
On trouvera en fin de volume un important hors dossier consacré au cinéma de Benjamin Fondane (plus connu comme poète, critique, philosophe, décédé à Auschwitz en 1944) par Olivier Salazar-Ferrer, spécialiste de l’auteur, lui ayant consacré de nombreuses études et deux ouvrages (chez Oxus, 2004 et aux éditions de Corlevour, 2008) ; hors dossier comprenant un inédit en français de Fondane intitulé “Le poème cinématographique” de 1929.

Sommaire

Luc Richir : Liminaire
Jean-François Bert : Marcel Mauss, un observateur de la vie économique réelle
Marcel Mauss : La hausse des prix est un bien
Patrizia Ciambelli & Claudine Vassas : “La Boîte en os” ou de l’art d’adopter des têtes
Eliane Escoubas : Le schématique et le symbolique à l’horizon de l’esthétique. Kant et Schelling
Marc Groenen : Images de mains de la préhistoire
Claude Imbert : La monnaie du regard
Chakè Matossian : Sauver la face du Peuple : le don de Michelet
Marie Preston : Le geste du kolam
Luc Richir : La lettre du don
Jean-Michel Servet : Monnaie et esprit du don
Ets. Decoux : Pour Madame Colon
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René Lew : Les Ménines : peindre le "pur" symbolique ?
Lucien Massaert : L’ombilic Rubens
Jean Petitot : Morphologie et Esthétique structurale : de Goethe à Lévi-Strauss
Elisabeth Rigal : De la peinture comme “contre-perception”. Sur le “tournant théologique” de l’esthétique phénoménologique
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Dossier Benjamin Fondane
Olivier Salazar-Ferrer, Ramona Fotiade, Nadja Cohen : Benjamin Fondane. Esthétique et cinéma
Benjamin Fondane : Le poème cinématographique (1929)

Editions La Part de l'Œil, Bruxelles, 2011
312 pages,
format 21 x 29,7 cm,
113 ill. en n./b. et 16 ill. en couleur,
ISBN : 978-2-930174-42-6,
Paru en septembre 2011.

dimanche 25 septembre 2011

Maïakovski




Bengt Jangfeldt, La Vie en jeu. Une biographie de Vladimir Maïakovski, éd. Albin Michel, 2010.
« […] Mi-février, Jakobson retourne à Petrograd. C'est maslenitsa, le jour des crêpes, l'équivalent orthodoxe de Mardi gras. Lili sert des blinis et du beurre. Parmi les invités, les théoriciens de la littérature Boris Eichenbaum, Evgeni Polivanov, Lev Iakoubinski et Viktor Chklovski. Entre deux toasts est fondé l'OPOIAZ, Société pour l'étude du langage poétique. Ce jour des crêpes devait avoir des conséquences inattendues pour le développement de la théorie littéraire en Russie.
L'élément moteur du groupe était Viktor Chklovski, qui rendait souvent visite aux Brik. Il avait l'âge de Maïakovski. Étudiant à l'université de Saint-Pétersbourg, tout le monde le considérait comme un enfant prodige. Dès 1914, Chklovski s'était rendu célèbre en publiant Résurrection du mot, brochure dans laquelle il attaque les théories littéraires caduques qui prétendent que la littérature reflète la vie (réalisme), ou encore une réalité supérieure (symbolisme). Il affirme quant à lui que l'objet de la théorie littéraire doit être « la littérature en soi », ce qui dans la littérature fait la littérature : les rimes et le jeu des sons en poésie, la composition en prose, etc. Il devait plus tard donner son credo dans une formulation assez radicale : « L'art est toujours libre face à la vie, et sa couleur ne reflète jamais celle du drapeau qui flotte au sommet de la citadelle. »
Dans ses théories, Chklovski était influencé par les concepts futuristes de « mot autosuffisant », de « mot en soi ». Les formes anciennes sont usées, « automatisées », ne fonctionnent plus, ne sont plus perçues. Il faut des formes nouvelles, des mots « arbitraires, dérivés ». Les futuristes créent des mots nouveaux à partir de racines anciennes (comme Khlebnikov), « les portent à incandescence par la rime » (Maïakovski) ou en changent l'accentuation par le jeu de la métrique (Kroutchonych). « De nouveaux mots vivants naissent, écrit Chklovski dans Résurrection du mot, et des mots sans âge, comme des diamants, retrouvent leur lustre passé. Ce nouveau langage est incompréhensible, difficile, on ne peut pas le lire comme les cours de la Bourse. Il ne ressemble même pas à du russe, mais nous sommes bien trop habitués à inconditionnellement exiger du langage poétique qu'il soit compréhensible. » À présent qu'émergent de nouvelles orientations esthétiques, ce n'est pas aux théoriciens mais aux artistes de montrer la voie. (pp. 96-98)
[…] Pendant leur séjour à Berlin, Maïakovski et Ossip participent à plusieurs soirées littéraires avec lectures et discussion, entre autres au café Léon et Ossip prononce deux conférences sur le Bauhaus. Maïakovski est également très pris par ses projets éditoriaux. Il signe avec L'éditeur soviétophile Nakanune un contrat pour la publication d'une anthologie et fait imprimer avec des fonds privés Dlia golosa (Pour la voix), une des tentatives graphiques les plus réussies du constructivisme russe : le livre rassemble un choix de poèmes adaptés à la lecture à haute voix, que l’artiste Lissitzky a phrasés typographiquement, de façon à faire comprendre le rythme et l'intonation au lecteur. (p. 215) »

Dans le livre Pour la voix, El Lissitzky voulait restituer les poèmes de Maïakovski avec des moyens typographiques. Le livre a la forme d'un annuaire téléphonique, mais dans les index, les lettres sont remplacées par des symboles graphiques et les titres des poèmes.