vendredi 6 novembre 2009

André Masson


« Une fois mise en œuvre la temporalité-éclair du dessin automatique, on assiste à la naissance des formes. Masson distinguera encore à ce stade deux phases. Une première phase, qui est celle du griffonnage : “Les premières apparitions graphiques sur le papier sont geste pur, rythme, incantation, et comme résultat : purs gribouillis” (André Masson, Le rebelle du surréalisme. Ecrits, éd. Hermann, 1976, p. 37). On est ici au cœur de la genèse, en deçà même des formes et dans ce qui pourrait apparaître comme une pure abstraction, bien quelle n'en soit pas une au sens strict du terme. Durant la deuxième phase les formes tendent à un semblant de figuration. “L'image (qui était latente) réclame ses droits”. Mais cette image, il ne faut pas chercher à la préciser, à lui donner trop nettement une forme : « Cette image n’est qu'un vestige, une trace, une épave ». Sur le chemin de la figuration donc, mais arrêtée en chemin et comme encore miraculeusement attachée par le cordon ombilical qui la relie au monde d'où elle vient et auquel elle participe de par sa demi-illisibilité.
On songe à cet entremonde dont parie Klee, entremonde qui est celui des formes en gestation, formes flottantes entre imaginaire et réel, nageant dans l'espace du papier. Masson, plus tard, reconnaîtra d'ailleurs chez Pollock des processus similaires : « dans certains dessins du début du surréalisme, on observe une partie du dessin que l'on pourrait dire abstraite, indéfinissable et, brusquement, on voit surgir une main, un fragment végétal, animal. [...] C'est justement cela qui m'a attiré chez Pollock où l'on voit, au milieu de son labyrinthe de lignes, apparaître tout à coup un fragment animal, quasi humain » (André Masson, vagabond du surréalisme, entretiens avec Gilbert Brownstone, Paris, éd. Saint-Germain-des-Près, 1975). Entre les deux phases il ne doit y avoir aucun hiatus, point d'hésitation. Mais, tout au contraire, une continuité. Une courbure ou linéarité. »
Florence de Mèredieu , André Masson, les dessins automatiques, éd. Blusson, 1988.

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