lundi 21 septembre 2020

Colloque : Lacan, le moment Soury

Colloque Soury - Première partie

Lacan, le moment Soury : « parler, dessiner, écrire, manipuler »

Colloque de l’École lacanienne de psychanalyse

Samedi 26 et dimanche 27 septembre 2020, Paris


Au milieu des années 70, dans le contexte où Lacan élabore son Séminaire à partir du nœud borroméen, dans un dialogue constant avec Pierre Soury, le travail avec un autre a été élevé au rang de méthode. Soury la caractérisait comme un « seul et pas seul » qui répliquait, à ses yeux, la relation analytique. Dans le même temps, cette méthode était redoublée par la collaboration entre Pierre Soury et Michel Thomé. C’est peut-être là qu’elle a été portée à son acmée. Lacan a pu dire sa surprise des résultats que ces deux-là obtenaient en se parlant.

Pierre Soury, dans ses travaux en marge du séminaire de Lacan a prolongé l’enquête sur le nœud borroméen en développant une méthode basée sur le travail de l’incompréhension, le respect pour la difficulté et une certaine temporalité qu’il a appelé « bonne lenteur ». C’est peut-être pour cela qu’au moment de son suicide, une note funèbre parue dans la revue Littoral le saluait comme l’un de « ceux, à vrai dire fort rares, dont l'enseignement n'a pas laissé notre lien à la psychanalyse inchangé ».

Des points de vue provenant de la psychanalyse, les mathématiques et les arts discuteront de la valeur de ce moment.

Intervenants :

Amélie de Beauffort               René Guitart

Dominique Bourn                   Guy Le Gaufey

Giancarlo Calciolari                René Lew

Inés Crespo                             Tania Martin Zimmer

Sara Darmayan                       Yan Pélissier

Jean-Luc Deschamps              Thatyana Pitavy

Yann Diener                           Michel Thomé

Claude Eisenberg                    Véra Treguer

 

LIEU : Salle Victor Lyon, Cité Universitaire, 29 Boulevard Jourdan, 75014 Paris

Entrée libre dans la limite des places disponibles sur inscription : colloquesoury@gmail.com

samedi 12 septembre 2020

La transgression s’efface des œuvres

 La transgression s’efface des œuvres dès qu’il est question de politique, de religion, de sexe, de couleur de peau

Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde »

Chronique. Le Monde, 11/09/2020

« […] la transgression s’efface des œuvres dès qu’il est question de politique, de religion, de sexe, de couleur de peau. Ce qui fait beaucoup.

[…] vous trouverez des tas d’œuvres qui dénoncent le néolibéralisme, le sexisme, l’homme blanc, les riches, le pouvoir, un cocktail qui brime les pauvres et les minorités. Les sujets sont pertinents, mais leurs représentations collent tant aux discours sociétaux qu’ils deviennent un combat moral, regorgent de bons sentiments, sans imaginaire, nuance ou complexité. Isabelle Barbéris l’a montré dans L’Art du politiquement correct (PUF, 2019), dans lequel elle dénonce un nouvel académisme.

On est loin d’un Genet en littérature, ou d’un Buñuel au cinéma, par exemple Viridiana, Palme d’or 1961, dans lequel une riche héritière aide des pauvres, qui, un soir, se saoulent, pillent la maison de leur bienfaitrice et essaient de la violer – les pauvres sont des riches désargentés. Dans le théâtre, nous dit notre consœur Brigitte Salino, « il n’y a plus de place pour la provocation », alors que cet art est celui de l’affrontement des idées.

[…] Il faut le CV d’Ariane Mnouchkine – femme, 81 ans, de gauche, talentueuse – pour mettre en scène des barbus qui tournent un porno, dont un ressemble au Chaplin du Dictateur, dans Une chambre en Inde.

[…] Un remarquable dossier de Courrier international (dans le daté 3 au 9 septembre) raconte le cas américain. Les artistes qui sortent des clous doivent affronter la cancel culture (carrière ruinée pour actes inadéquats), l’appropriation culturelle (adopter les signes d’une autre culture), le woke (traquer le privilège blanc), les trigger warnings (mise en garde des étudiants sur les passages traumatiques d’un livre), les safe spaces (réservés à une communauté), etc.

Ces armes sont le seul moyen de nous faire entendre, disent des militants de minorités. C’est juste, mais les conséquences tutoient la purification de l’art. Les exemples pullulent, comme celui, en juillet, du roman de l’autrice américaine Alexandra Duncan, bloqué à l’imprimerie à cause d’un passage où elle parle au nom d’un Noir ; elle a demandé pardon pour « une erreur aussi monumentale ». […] »

mercredi 2 septembre 2020

12th SAR International Conference on Artistic Research

 Society for Artistic Research

12th SAR International Conference - deadline for submissions 30th of September!

Society for Artistic Research
12th SAR International Conference on Artistic Research

Hosted by mdw – University of Music and Performing Arts Vienna in cooperation with the Academy of Fine Arts Vienna and the University of Applied Arts Vienna.

Conference will be hosted as a live online event: from 7th to 9th April 2021.
Deadline for 
submissions via the Research Catalogue (RC): 30th Sept 2020.
Deadline for registering as full users at the RC: Ten days earlier – 20th Sept 2020.


The 12th SAR International Conference on Artistic Research will invite submissions that relate to three attractors care, dare, and share. It will be the first SAR conference organized as a live online event. We are calling for artistic researchers to present their work, processes, methods, discoveries, knowledge interventions, new insights, understandings, and to engage in exchange – in actions and words, complex and simple, by conventional and unconventional, robust, and fragile means.

We encourage original contributions that take on the challenge of bringing liveness to this mediated online event. Each contribution shall receive ample discussion time (in real time via video conference).

We will support the following presentation formats:
Presentation using preproduced material, which will be “presented” and integrated in an interactive online conference;
Streamed live-performances/demonstrations.

The conference website (including the detailed call and the link to the submission form at the RC) is available here: 
https://www.sar2021vienna.ac.at/
contact: 
sar2021@mdw.ac.at

vendredi 10 juillet 2020

« Les sciences sociales sont en danger à l’échelle internationale » 3.


« Les sciences sociales sont en danger à l’échelle internationale » 3.
Jean-François Bayart Politologue
Le Monde 09/07/2020
Enjeux financiers et politiques

[…] Face aux calculs cyniques des preneurs d’otages et des assassins, l’Europe semble tétanisée. Ses universitaires sont persécutés par dizaines sans qu’elle définisse et mutualise une stratégie pour parer la menace. En outre, restriction des crédits oblige, elle a vendu des pans entiers de son université à des pays étrangers en capacité financière de les acheter pour faire valoir leurs intérêts politiques, à l’instar de la Chine ou des pétromonarchies. Forts de leurs avoirs et du marché scientifique qu’ils représentent, ces Etats n’hésitent plus à essayer de censurer recherches et publications en Occident.
Aujourd’hui, ce sont même certains membres de l’Union européenne, comme la Pologne ou la Hongrie, qui mettent sous pression l’Université, y compris à l’extérieur de leurs frontières, quand celle-ci n’a pas l’heur de plaire à leur conception de l’histoire nationale. En France, les chercheurs sont de plus en plus inquiétés par la police ou la cellule Demeter de la gendarmerie nationale [créée en 2019 par une convention entre le ministère de l’Intérieur, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs pour prévenir les agressions et intrusions sur les exploitations agricoles] quand ils travaillent sur les mouvements sociaux ou les questions environnementales, et les nouvelles règles de « déclassification » restreignent leur consultation des archives contemporaines postérieures à 1940.
Ouvrons les yeux : ce sont bien les sciences sociales qui sont en danger comme jamais elles ne l’ont été depuis la fin de la seconde guerre mondiale ou la chute de l’empire soviétique.
Jean-François Bayart est professeur d’anthropologie et de sociologie à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID, Genève). Il est coordinateur du comité de soutien à Fariba Adelkhah.

« Les sciences sociales sont en danger à l’échelle internationale » 2.


« Les sciences sociales sont en danger à l’échelle internationale » 2.
Jean-François Bayart Politologue
Le Monde 09/07/2020
Enquête de terrain menacée et dématérialisation de la recherche

Il ne s’agit pas non plus d’occulter la répression interne dont font l’objet les chercheurs et universitaires des régimes autoritaires. Néanmoins les atteintes à la liberté scientifique internationale constituent une question spécifique et neuve dont, curieusement, les Etats démocratiques ne se soucient guère, peut-être parce que leur conscience n’est pas tranquille en la matière.
D’une part se pose le problème de la possibilité concrète de faire de la recherche de terrain dans des pays qui incarcèrent à tour de bras des universitaires étrangers. La pandémie de Covid-19 a aggravé les choses en fermant les frontières et en interrompant la réalisation de nombreuses thèses de doctorat. Qui, dans ces conditions, voudra encore entreprendre une recherche sur l’international ?
Ce sont des pans entiers de notre connaissance du monde contemporain qui vont s’étioler, puis s’évanouir faute de pouvoir se reproduire. Car on ne peut pas faire des enquêtes ou du travail d’archives primaires par visioconférence. Ou, pis, on risque de s’imaginer pouvoir le faire, en devenant captifs de la vision déformée et partiale des sociétés étrangères que nous donneront nos écrans d’ordinateur.
La tentation sera grande pour les gestionnaires néolibéraux de l’Université de se saisir de cette aubaine de la dématérialisation de la recherche et de l’enseignement. Or, il ne peut y avoir de réflexion sur notre époque et nos passés, sur notre politique étrangère ou économique, sur l’exercice de notre citoyenneté, si nous sommes privés d’informations et d’analyses indépendantes quant à la majeure partie du globe. Comme l’a écrit Fariba Adelkhah du fond de sa prison, il faut « sauve[r] les chercheurs, sauve[r] la recherche pour sauver l’Histoire ».
Jean-François Bayart est professeur d’anthropologie et de sociologie à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID, Genève). Il est coordinateur du comité de soutien à Fariba Adelkhah.

« Les sciences sociales sont en danger à l’échelle internationale » 1.


« Les sciences sociales sont en danger à l’échelle internationale » 1.
Jean-François Bayart Politologue
Le Monde 09/07/2020
Atteintes à la liberté scientifique en Iran, Turquie, Israël, Russie, Chine, Egypte, Europe, aux Emirats arabes unis, aux Etats-Unis

La confirmation en appel, le 30 juin, par un tribunal de Téhéran, de la condamnation à cinq ans de prison de l’anthropologue Fariba Adelkhah confirme que le métier de chercheur en sciences sociales est devenu à haut risque. Une dizaine d’universitaires occidentaux ont été ainsi pris en otages par la République islamique.
Cette dernière n’est pas la seule à se livrer à ce genre de pratiques. La Turquie, les Emirats arabes unis, Israël, la Russie, la Chine portent de plus en plus ouvertement atteinte à la liberté scientifique internationale. L’Egypte est allée jusqu’à tuer dans des conditions atroces un doctorant italien de l’université de Cambridge, Giulio Regeni, en 2016. Les Etats-Unis arrêtent eux aussi des chercheurs étrangers sur la base d’accusations souvent arbitraires, dans le cadre de leur politique de sanctions urbi et orbi ou au nom du Patriot Act.
S’y ajoutent les nombreux refus de visa, auxquels s’adonnent également les Etats européens au nom de la lutte contre l’immigration, rendant infernale la vie professionnelle de nos collègues d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine ou du Moyen-Orient. On ne parle pas suffisamment de cet aspect de l’inégalité du système international au détriment des pays du Sud, qui accroît leur dépendance sur le long terme. Sans accès équitable à la science, pas de réel développement envisageable.
Jean-François Bayart est professeur d’anthropologie et de sociologie à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID, Genève). Il est coordinateur du comité de soutien à Fariba Adelkhah.