dimanche 11 octobre 2009

Georges Perec - le dessin devient roman


Notes préparatoires pour La Vie mode d'emploi. Bi-carré latin orthogonal d'ordre 10 réglant la répartition dans les pièces de l'immeuble (c'est-à-dire aussi dans les chapitres du livre) des éléments des listes « positions » et « activités ». Pour le chapitre lxviii, dont le « cahier des charges » figure dans cet ouvrage, c'est le couple « entrer » et « réparer » que le système a sélectionné (le petit garçon à qui l'on interdit d'entrer, l'accordeur de piano).
(Fonds privé Georges Perec déposé à la bibliothèque de l'Arsenal, 61,104)

Cahier des charges du chapitre lxviii de La Vie mode d'emploi, regroupant l'ensemble des contraintes qui doivent s'appliquer à ce chapitre (1976).
(Fonds privé Georges Perec déposé à la bibliothèque de l'Arsenal, 61, 79)


« Car c'est bien le carré, comme figure emblématique du quadrillage, qui constitue une des bases de la géométrie fantasmatique perecquienne. Évoquer le carré comme lieu d'encrage, c'est aussitôt déployer (je me borne à l'essentiel) non seulement tout l'échafaudage de La Vie mode d'emploi, son damier de 100 cases, sa polygraphie, ses bi-carrés, son Compendium du chapitre LI avec ses trois strophes carrées (60 vers de 60 signes), le tableau carré que Winckler avait accroché dans sa chambre et celui que Valène rêvait de peindre (« Une grande toile carrée de plus de deux mètres de côté [...] quelques traits au fusain la divisaient en carrés réguliers »), mais aussi presque tous les poèmes hétérogrammatiques, faits d'autant de vers que chaque vers a de lettres (onzains d'hendécagrammes, douzains de dodécagrammes, sonnets hétérogrammatiques avec leurs 14 vers de 14 lettres, etc.), et encore, plus minuscules, le carré magique participant au réglage secret des « Deux cent quarante-trois cartes postales », ou bien, plus troublant, « le quadrilatère presque achevé de la ferme », déjà présent dans Les Choses, au seuil de l'œuvre à venir et comme préfigurant, plus de dix ans à l'avance, à la fois le plan de l'immeuble du 11, rue Simon-Crubellier et la localisation parisienne de cette rue imaginaire « qui partage obliquement le quadrilatère que forment entre elles, dans le quartier de la Plaine Monceau, xviie arrondissement, les rues Médéric, Jadin, de Chazelles et Léon-Jost ». Or dans cette localisation, l'important n'est pas la précision référentielle avec ses quatre rues bien réelles du 17e arrondissement, qu'un lecteur soucieux de réalisme pourra repérer sans mal sur un plan de Paris, mais bien la forme du quadrilatère et de sa diagonale, comme le prouve la lecture des avant-textes. »

Extrait de Bernard Magné, “Quelques pièces pour un blason ou les sept gestes de Perec” in Portrait(s) de Georges Perec, par Paulette Perec, Bibliothèque nationale de France, 2001.

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