lundi 1 juin 2009

Immanence - Bernar Venet

Bernar Venet, Recouvrement de la surface d'une toile, 1963.
« Telles sont donc les principales avancées créatrices effectuées sur l’espace de ces trois années qui n'en furent en réalité que deux. Les multiples directions ainsi tracées partent toutes d’un projet de réduction du fait artistique à ses constituants élémentaires. Or, rien n’est plus complexe que l’élémentaire. De 1961 à 1963, ce sont les premières étapes décisives d’une inlassable exploration de cette complexité que l’on a vu s’accomplir, dans un souci permanent de multiplier les voies d’accès, les modes de formulation et les points de vue sur un noyau ultime de l’expérience artistique qui ne cesse de se déplacer et de s’enfoncer plus loin à mesure que l’on s’en approche. L’orientation fondamentale de cette recherche apparaît sans ambiguïté, au-delà de la multiplicité des chemins empruntés : toute l’entreprise du jeune Bernar Venet tendait déjà vers une mise en question immanentiste du lieu de l’œuvre d’art. Nous l’avons vu, dès 1961, s’efforcer de provoquer des modifications expérimentales du mode d’existence de l’œuvre à travers la résorption systématique des transcendances qui déterminent a priori le cadre de toute transaction artistique.
Jamais donnée, l’immanence doit toujours être produite par la déconstruction des effets de transcendance dont elle s’enveloppe et qui, seuls, constituent le donné immédiat. Appliqué aux arts plastiques, un tel travail comporte deux aspects complémentaires. Il s’agit, d’un côté, de dissoudre les transcendances qui se logent dans l’objet comme tel, c’est-à-dire toutes les valeurs idéales dont ce dernier pourrait être le signe ou l’incarnation phénoménale ; de l’autre, il faut encore s’attaquer à la prétention de transcendance inhérente au produit artistique qui, par nature, tend à s’extraire du réseau opératoire dont il dépend pour trôner par-dessus, d’un air dégagé. »
Thierry Lenain, Bernar Venet, éd. Flammarion, 2007, p. 213.

« L'artiste a moins besoin de produire des tableaux que de réviser ses concepts. Il doit savoir sacrifier ses grossières sécurités pragmatiques au profit de nouvelles connaissances aléatoires qui paraissent souvent inutiles. Il doit aller du côté où l'on pense le plus et où la raison semble être en danger. Ses investigations ne doivent pas avoir pour but de confirmer ce qu'il sait et par conséquent ce qu'il est.
Toute découverte réelle détermine une méthode nouvelle, elle doit ruiner une méthode préalable. Il faut éviter cette cohérence statique qui correspond à un système clos sur lui-même. Certains artistes cultivent le goût de la certitude, du système. Ils continuent à juger de toute chose par l'origine, par les antécédents. Ils s'endorment dans une tradition et comptent sur la mémoire pour produire leurs tautologies. » Bernar Venet

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