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samedi 10 juin 2017

RANCIÈRE, « entre art et politique »

RANCIÈRE, « entre art et politique »
Par Robert Maggiori
— 31 mai 2017
« […] Les terrains où politique et esthétique se chevauchent ont déjà été cultivés par le passé, notamment par Adorno ou Benjamin. Mais Rancière ne situe les rapports entre art et politique ni dans l’esthétisation de la politique, ou sa transformation en spectacle de la gestion et de la « communication » des pouvoirs, ni dans la politisation de l’art, mais dans ce que les deux domaines « partagent », à savoir le statut de la visibilité. Si esthétique et politique forcément s’embrassent, c’est que le même « geste » les définissent, qui est celui d’organiser l’espace de la perception de façon telle que ce qui n’était pas visible soudain le devienne. On le conçoit pour l’œuvre d’art, qui, si elle est « grande », invente des langages (musicaux, picturaux, littéraires…) pour lesquels il n’y a pas encore de dictionnaires, et « montre » qu’il y a là quelque chose qui était encore inaperçu ou inouï. Mais il en va de même pour la politique, qui partage l’espace du collectif, réorganise le temps de l’action, crée d’autres mondes communs et rend « visibles » les capacités des sujets qui les habitent. […] »

Jacques Rancière, En quel temps vivons-nous ? Conversation avec Éric Hazan, La Fabrique, 80 pp.

jeudi 27 octobre 2011

Jacques Thuillier





Jacques Thuillier, spécialiste de la peinture française du XVIIe siècle s'est éteint à l'âge de 83 ans.
Historien de l'art français, titulaire durant 21 ans de la chaire d' Histoire de la création artistique en France au Collège de France, il était spécialiste de la peinture française au XVIIe siècle, et notamment de Georges de La Tour.
On lui doit de nombreux ouvrages sur les grands peintres : Nicolas Poussin (Flammarion), Jacques Blanchard : 1600-1638 (Musée des Beaux-Arts de Rennes), Fragonard (Skira), Jacques Stella : 1596-1657 (Serge Domini), Georges de la Tour (Flammarion) et Tout l'œuvre peint de Georges de la Tour (Rizzoli-Flammarion) ou encore Rubens : la galerie Médicis au palais du Luxembourg (Rizzoli).



Son œuvre comporte aussi des titres plus généralistes à l'instar de La galerie des Glaces : chef-d'œuvre retrouvé (Gallimard), Théorie générale de l'histoire de l'art (Odile Jacob), Histoire de l'art : architecture, sculpture, peinture (Flammarion) réédité en 2009 et Peut-on parler d'une "peinture pompier" (PUF).

http://www.livreshebdo.fr/les-gens/actualites/deces-de-jacques-thuillier/7525.aspx



lundi 2 mai 2011

Victor Segalen et l'exotisme

Victor Segalen RENCONTRES EN POLYNESIE 22 avril - 6 novembre 2011 Abbaye de Daoulas, Chemins du patrimoine en Finistère, 21 rue de l’Eglise, F-29460 DaoulasL'édition originale de Stèles publié par Victor Segalen en 1912 à Pékin. 

Segalen, versant polynésien « DAOULAS – L’homme a laissé une trace fugitive mais éclatante dans l’album des explorateurs-ethnographes. Médecin de la marine, poète (Stèles), dessinateur, sinologue, archéologue auteur de découvertes en Chine (monuments de la dynastie Han). Victor Segalen, Manuscrit du journal des îles, 1902-1904, BnF, département des Manuscrits. 

Victor Segalen (1878-1919) est malaisé à caser dans une catégorie, si ce n’est celle des fous de voyage. L’abbaye de Daoulas se penche sur cette figure originale en réunissant des témoignages de sa passion pour la Polynésie : masques et tikis en bois, proues de pirogue, bijoux et ornements, casse-tête des Marquises ou effigies religieuses, jusqu’à sa trousse de chirurgien. Plutôt que de grandes institutions internationales, les objets sont autant de petits bijoux exhumés de musées de province trop peu visités – du musée d’Art et d’Histoire de Langres au Château-musée de Boulogne-sur-Mer. » http://www.artaujourdhui.info/art-aujourdhui-hebdo-00476.html 

« La pensée de Victor Segalen constitue un outil étonnamment actuel d'exploration pour la rencontre avec l'Autre. Il renouvelle radicalement la notion d'exotisme au début du 20e siècle et la modernité et la singularité de sa pensée persistent encore aujourd'hui. Très tôt dans son œuvre, il soulève le problème des cultures et des traditions extra-européennes en voie de disparition sous l'effet de la colonisation (poids économique et joug religieux imposés par les colons). La vision d'une culture en déclin (en l'occurrence les Maoris) lui fait "comprendre que, désormais, sa tâche sera de sentir et d'exprimer la saveur du Divers" en explorant le monde. L’exposition met l'accent sur la période polynésienne de la vie de Segalen, avant ses grands voyages en Chine. Elle présente des œuvres et des objets européens, en dialogue avec des pièces venues de Polynésie, jouant la carte du « mélange d’exotismes ». 
Le Breton débarque aux îles Marquises en 1903, il a vingt-cinq ans, et y découvre une culture pour laquelle il se passionne. Au contact de ses habitants, il élabore peu à peu une nouvelle conception de l’exotisme, qui trouve parallèlement sa source dans l’art de Paul Gauguin, profondément admiré par Segalen. Revêtant le costume de l’ethnologue, il écrit un roman publié en 1907, Les Immémoriaux, par lequel il tente de raviver les anciennes traditions polynésiennes qui sont, selon lui, sur le point de disparaître. À travers ce texte, Segalen donne la parole aux « naturels » eux-mêmes, qui témoignent dans le passé comme dans le présent des échanges et des relations qui se sont noués entre les indigènes et les “hommes à la peau blême” […] » http://www.cdp29.fr/daoulas-lesactualitesexpositionencours.html

mardi 29 mars 2011

Leo Steinberg (1920-2011)


L’on apprend la mort de Leo Steinberg.


« […] avec l'idée du "flatbed" ('lit à plat") contenue dans l'un des articles (“The flatbed picture plane”) de ce livre fondamental : Other Criteria (1972) […] Steinberg analyse la nouvelle horizontalité comme plan pictural où des "choses", qu'il s'agisse de peinture avec Pollock mais surtout d'empreintes, d'objets... avec Rauschenberg et Dubuffet, vont constituer le tableau en un plan opaque, contraire à la simulation d'un champ de formes vertical. Steinberg retourne, en quelque sorte, le tableau en table tout en avertissant qu'il parle surtout d'“images psychiques” – mais il augure également d'un “changement radical de sujet”, une rupture avec l'art depuis la Renaissance, qui passe selon lui de la nature à la culture […] Ce qui est intéressant avec Steinberg, un critique à part, c'est précisément cette position marginale qu'il a occupée par rapport au dogme Greenbergien (qui lui valut d'être ultérieurement publié par October) mais également par rapport au formalisme de l'histoire de l'art. Il est passé du contemporain à la Renaissance (dernières œuvres de Michel Ange, Borromini, Lippi...) au “retour de Rodin” (chez Macula), repassant par ce morceau de bravoure qu'est La sexualité du Christ dans l'art de la Renaissance et son refoulement moderne (Gallimard) […] Steinberg a beaucoup écrit sur Picasso (et la sexualité), sur Jasper Johns, mais on retiendra aussi ce texte mémorable : Contemporary art in plight of its public, qui concerne le risque dans l'art contemporain et l'angoisse nécessaire qu'il provoque sur le public... »

Elisabeth Lebovici



Leo Steinberg, Other CriteriaI, University Of Chicago Press.


“Leo Steinberg’s classic Other Criteria comprises eighteen essays on topics ranging from “Contemporary Art and the Plight of Its Public” and the “flatbed picture plane” to reflections on Picasso, Rauschenberg, Rodin, de Kooning, Pollock, Guston, and Jasper Johns. The latter, which Francine du Plessix Gray called “a tour de force of critical method,” is widely regarded as the most eye-opening analysis of the Johns’s work ever written.”


Leo Steinberg, Le retour de Rodin, éditions Macula.


« Avec Steinberg, le retour que Rodin effectue dans le giron de la modernité est définitif. Oubliez les marbres, commence-t-il par dire : la plupart ne sont même pas de la main du sculpteur mais taillés par des artisans à sa solde, certains même sont posthumes. Laissez de côté la production sentimentale de Rodin entrepreneur, la partie visible et commerciale de l’iceberg, et regardez le sculpteur au travail. Fragmentation et multiplication, combinaison et inversion, distorsion et déplacement : Rodin est un structuraliste avant la lettre, décomposant et recomposant les membra disjecta du corps humain comme autant d’éléments propres au langage de la sculpture. De ce que l’on considérait jusqu’alors comme le point terminal et grandiose de l’histoire de la sculpture du dix-neuvième siècle, Steinberg fait ce qui ouvre celle de notre temps : Rodin redevient notre contemporain. »


Leo Steinberg, La Sexualité du Christ dans l'art de la Renaissance et son refoulement moderne, édition Gallimard.


« La Sexualité du Christ dans l'art de la Renaissance et son refoulement moderne fait désormais partie des grands textes de l'histoire de l'art. Leo Steinberg, à travers une écriture lumineuse d'intelligence, démontre lentement que cette "sexualisation" du Christ participe surtout d'une nouvelle réflexion sur le thème de l'incarnation. En élaborant des images impudiques (sexe proéminent, attouchement divers, gestes ambigus), les artistes s'attachent à démontrer que Dieu s'est bien fait homme. Il en a épousé à la fois toutes les contraintes mais aussi tous les attributs. Non dénué d'humour, ce livre essentiel multiplie les exemples qui nous dévoilent un versant inédit de la culture de la Renaissance. »