lundi 14 décembre 2020

« Créer, c’est résister, résister, c’est créer »

 « Créer, c’est résister, résister, c’est créer. Cette injonction, lancée en son temps par le Conseil national de la résistance, n’aura jamais été aussi actuelle. Ceci est un appel aux armes de l’esprit : pensons, débattons et surtout, créons »

La fresque XXL arborant la devise française peinte à Paris en 2016 par la star américaine a été vandalisée dans la nuit pour protester contre la politique du gouvernement.

Emmanuelle Jardonnet Le Monde

La fresque de Shepard « Obey » Fairey après une action commando à Paris, le 14 décembre 2020.

Tout un symbole. La gigantesque Marianne peinte par Shepard « Obey » Fairey sur le flanc d’un immeuble du 13e arrondissement en 2016 a été vandalisée dans la nuit du 13 au 14 décembre. La figure allégorique nationale version street art pleure désormais des larmes de peinture rouge sang, et les trois mots de la devise française, qui s’étalent sur toute la largeur de la fresque, ont été barrés de jets de peinture blanche. C’est la plate-forme militante Hiya !, consacrée aux cultures urbaines, qui a révélé ce détournement aux aurores sur son site Internet.

Le jeune média spécialisé a, en parallèle, reçu la revendication des auteurs, qui restent anonymes, sous la forme d’un pamphlet adressé au gouvernement, dont il cite quelques passages : « Ouvrez donc les yeux (…). Vous dérobez les mots brillants cachés derrière les vitrines de nos espoirs pour les remplacer par des signifiants creux, de la camelote lustrée, incrustée d’émeraudes réactionnaires en plastique (…). Vous êtes les maris violents des valeurs que vous prétendez défendre (…). Agitez vos drones, zappez entre vos caméras, la seule chose que vous verrez, c’est nos majeurs depuis les toits de la ville, de la peinture plein les fringues. »

[…] Cette action, simplement signée d’un #mariannepleure, fait directement écho à un « appel à la résistance citoyenne et créative » et une invitation « à bâtir une nouvelle Concorde », lancés quelques jours plus tôt sur Internet, déjà signés par une trentaine de musiciens, graffeurs et militants, et auxquels Hiya ! s’était associé.

L’initiative dénonce les fractures de la société française, un « inventaire de régressions » et des atteintes aux grands principes de la République en pleine vague de contestation des projets de loi « sécurité globale » et sur les séparatismes : « Toutes ces valeurs dont nous sommes si fiers, la liberté, l’égalité, la fraternité ; mais aussi la laïcité, le droit du sol, le droit d’asile, sont jour après jour détricotées. La compréhension de l’autre disparaît des rapports sociaux. »

Elle invite à répondre par la création artistique et la mobilisation : « Artistes, intellectuel.le.s et citoyen.ne.s, toutes et tous créateurs et créatrices, redonnons sa fierté à notre pays et à ses habitants  quels que soient leurs origines, leurs confessions, leurs genres, leurs milieux sociaux ou toute autre barrière artificiellement dressée entre nous. Créer, c’est résister, résister, c’est créer. Cette injonction, lancée en son temps par le Conseil national de la résistance, n’aura jamais été aussi actuelle. Ceci est un appel aux armes de l’esprit : pensons, débattons et surtout, créons », dit encore le texte, qui invite à partager des créations engagées avec le hashtag #mariannepleure, amenées à être relayées par Hiya !

[…] depuis ses débuts, Shepard Fairey a lui-même toujours poursuivi une pratique illégale en marge de son parcours légal, par le collage clandestin d’affiches dans les rues, de sa ville de Los Angeles jusqu’à Paris. […]

Emmanuelle Jardonnet


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